
Notre boutique en ligne Princesse Indienne est elle une boutique « mode éthique », « commerce équitable » ou encore « commerce solidaire » ?
En vendant des vêtements fabriqués dans un pays à faible coût de production, nos clients ou visiteurs se posent la question si leur origine est « humainement » acceptable.
De mon côté, j’ai visité de nombreuses boutiques en ligne de prêt-à-porter « mode éthique » ou « commerce solidaire ».
Ce que j’ai lu me rend perplexe voir me fait réagir surtout quand on sait comment cela se passe sur place et de quoi il en retourne de gérer une société.
Je m’intérroge sur les points suivants
1] pas de transparence financière
2] des boutiques au comportement pas toujours exemplaire
3] des arguments que je ne trouve pas convaincants
4] la mode éthique c’est du marketing, rien de plus
5] un discours dans son ensemble inquisiteur mais sans preuves
Pas de données financières publiés ou de transparence sur les comptes.
Quand on parle de soutient financier grâce à l’achat d’un produit « mode équitable », le minimum serait d’avoir accès à des données comptables précises. Que devient mon argent ? Est-il géré convenablement ?
La grande majorité de ces boutiques ont un statuts d’auto-entrepreneur ou d’affaire personnelle commerçante. Dans ces deux cas elles ne sont pas tenus de publier leurs comptes et surtout les biens de la société sont confondus avec ceux de leur propriétaire (en gros c’est la même poche).
Le contraire d’une SARL où le patrimoine de la société est clairement distingués des revenus du ou des gérants. Enfin une SARL est tenue à l’obligation de publier ses comptes sous l’autorité d’un comptable.
Un auto-entrepreneur ou une affaire commerçante personnelle déclare son chiffre sans qu’il ne soit vérifié par une autorité extérieure. Je n’accuse personne mais reste persuadé que la nature humaine est faible.
Vous ne pourrez pas savoir pour ces boutiques solidaires et équitables :
- combien gagnent leur dirigeants
- quelle sommes sont reversées dans le cadre de leur engagement
- quelle % ces sommes représentent dans leur chiffre d’affaire
Par contre vous pourrez lire : « Nous reversons 10% de nos achats à un fond social dédié à nos artisans indiens afin de prendre en charge leurs éventuels problèmes de santé ». ou bien « Vous proposer des articles à prix juste et raisonnable, un engagement authentique pour proposer des prix de vente correcte. » Ce qui dans les deux cas ne veut rien dire de concret.
J’ai vu une seule boutique avoir une démarche de totale transparence financière : Azimute Art Népal.
Cette boutique publie son bilan (c’est une SARL), fait régulièrement un audit de son action (en terme financier) par un cabinet indépendant et qu’elle publie ensuite. Vous savez exactement ou va l’argent de votre achat et quels sont les retombés concrètes sur le terrain.
Charité bien ordonnée commence par sois-même.
Toutes ces boutiques sont guidées par de « vrais valeurs ». Soit, mais je constate que quelques une d’entre elles devraient balayer devant leur porte.
Une entreprise en France quelque soit son statut juridique paye des charges sociales, un système de solidarité pour toutes les personnes vivants en France ( RSA, aide au logement, allocation enfant, etc). Un système de partage et de solidarité presque unique au monde.
Prétendre être responsable et solidaire en Asie ou en Afrique alors que le siège sociale de sa société est dans une zone franche dans le but ne pas cotiser aux charges sociales n’est pas respectable.
Vous trouverez des boutiques en ligne « commerce équitable » dont les proprétaires sont des Français, le site est en français, la communication publicitaire est en France (presse, radio, internet) et dont je suppose que la majorité des clients sont en France, mais qui domicilie le siège de leur société à Hong-Kong (un paradis fiscal). Avec tout un argumentaire « responsable et éthique ».
C’est trop facile de donner 10 € à un artisant du Népal, d’en faire un argument de vente éthique mais d’un autre côté ce sont 100 € que l’on ne donne pas à l’URSSAF ou à la sécutité sociale, un sytème de protection sociale dont je suis sûr ils ont un jour profité.
Quand ces boutiques françaises « mode éthique » domiciliées en Andore ou bien à Hong-Kong affirment la chose suivante : « Prendre conscience que le partage des marges avec les fabricants a plus d’avenir pour notre économie que de les exploiter financièrement » alors qu’elles ne payent ni impôt, ni charges sociales ou TVA, c’est l’hôpital qui se fout la gueule de la charité.
De même publier des annonces en France pour rechercher des stagiaires avec « éventuellement » une « rémunération légale » pour des profils Bac +2/3 et prétendre une juste et équitable rémunération à l’autre bout de la planète aux Indiens est risible.
Sur une boutique mode équitable, j’ai pu lire :
D’un côté :
- …sur chaque achat, 2€ pour aider les enfants…
- …travaillant dans le respect des droits de l’Homme…
D’un autre côté
- …recherche des stagiaires d’une duree minimale de 3 mois (indemnités et variable suivant profils)
- …gérer la relation client de notre site internet + preparation et suivi des commandes (en gros un préparateur de commandes)
-…conseil, analyse et optimisation du referencement naturel et payant (en gros un profil avec une valeur ajoutée intellectuelle)
Bon courage à tous ces futurs stagiaires pour vivre avec 300 € par mois en faisant un « vrai boulot » (préparateur de commande, quel stage !!) mais payé comme en Inde !!
Des arguments discutables voire fumeux
Les arguments justifiants une démarche de « mode éthique » ou « commerce solidaire » sont souvents les même d’une boutique à l’autre. Si je ne conteste pas la démarche dans la forme, le fond est souvent léger.
…nous travaillons uniquement avec des petits artisans locaux…
Les « petits » artisans sont forcément locaux (à moins d’être dans la haute-couture).
Les « gros fabricants » travaillent avec vous à la condition de commander de grande quantité de pièces, donc seuls les petits artisans (qui sont de fait locaux) accepteront de travailler avec vous. Rien d’exceptionnel à cela.
…nous versons un acompte à la commande pour que les artisans puissent acheter la matière première…
Si vous ne versez pas un acompte, soit l’atelier refuse de travailler soit vous prenez le risque que votre production soit entre temps vendu à un acheteur qui sera passé avant vous à l’atelier. Il est donc fortement conseillé de verser un acompte.
J’ai ainsi pu lire sur une boutique indienne concurrente cet argument éthique incroyable :
« Contrairement à certaines autres entreprises, nous faisons des paiements initiaux à nos fournisseurs d’artisanat et assumons le risque d’avoir des produits invendus. «
Faire le contraire s’appel le « dépôt-vente », sinon tout le monde paye ses fournisseurs à l’achat et non pas à la vente.
ou bien : « Nos artisans nous sont reconnaissants pour les achats fréquents que nous leur faisons… »
Il y a un côté très « colonialiste » dans cette remarque.
…nous évitons les intermédiaires pour valoriser les petits artisans…
Je ne vois pas en quoi les intermédiaires n’ont pas le droit de gagner leur vie. A mon avis c’est pour faire des économies qu’ils évitent ces derniers.
…nous ne marchandons pas les achats pour respecter la valeur du produit…
Marchander est quelque chose de très subtile et loin de la caricature du film des Bronzés. Des fois il faut marchander et des fois il ne faut pas. Rien à voir avec la « vrai » valeur du produit mais avec le jugement que porte sur vous votre interlocuteur (pigeon ou partenaire gagnant/gagnant).
Vous pouvez aussi lire le commerce idyllique :
« Ceux sont nos artisans eux même qui définissent leur prix de vente que nous acceptons sans négociation afin de leur assurer la juste rémunération qu’ils estiment pour leur travail leur permet de vivre convenablement »
…nous visitons nos fournisseurs pas s’assurer qu’aucun enfant ne travaille de près ou de loin à la confection…
La réalité est que pendant que vous visitez les ateliers de confection (pour les photos du blog de la boutique), c’est un enfant qui fait le ménage dans votre chambre d’hôtel, c’est un enfant qui fait la vaisselle dans le restaurant si typique dans lequel vous avez déjeuné, c’est une enfant qui fabrique les allumettes utilisées pour fumer vos biddies.
Le travail des enfant est une triste réalité dans le quotidien de ces pays. Alors dire que aucun enfant ne travaille pour la confection de sa collection est un peu simplet. Et si c’est enfants ne travaillent pas, c’est souvent dans la prostitution ou la délinquence qu’ils terminent.
Si vous voulez aider ces enfants, aidez-les directement via des associations, ce sera plus rapide et efficace que d’acheter une jupe « mode responsable ». Exemple avec cette association humanitaire de scolarisation des filles en Inde.
…nous rémunérons les employés à leur juste valeur…
Combien au dessus du salaire moyens du pays ?
Comment est-on capable de savoir si une rémunération est juste ou pas pour quelqu’un ?
Je connais un graphiste web à Paris pour qui 2 000 € pour 5 jours de travail est « super mal payé ».
Je ne suis pas choqué qu’une personne gagne 200 000 € / mois pour taper dans un ballon, tant que ce n’est pas de l’argent public.
Un salaire c’est donnant /donnant. Un salaire c’est aussi une source de motivation.
…nous utilisons le transport par bateau car moins polluant…
Effectivement l’avion est plus polluant mais surtout beaucoup plus cher que le bateau alors vous avez tout intérêt à faire transporter vos marchandises par ce moyen (en espérant que le transporteur ne fasse pas de dé-gazage sauvage en mer).
…des pseudos label…
L’utilisation du terme « label » est réglementé, chose souvent peut respectée à ce que j’ai pu voir sur Internet et la mode éthique. Exemple avec FIA-NET qui n’est pas un « label » mais un tiers de confiance. Tout est dans les mots.
Beaucoup de ces « labels » n’ont aucune crédibilité car ils ont des origines privés et non pas gouvernementale.
…acheter des produits commerce équitable est un acte de civisme…
Voter, porter assistance à une personne en danger est un acte de civisme, pas d’acheter une jupe, ne mélangeons pas tout.
…les produits commerce éthique sont forcements plus cher…
Faux. Le prix d’achat n’est pas le seul déterminant du prix de vente.
Exemple avec les grands magasins de Paris qui proposent du prêt-à-porter « made in France » à des prix raisonnables. Au lieu de marger à 90% avec du « made in Bangladesh » ils margent à 10%.
Autre exemple avec ce pantalon Sarouel Baba Cool dans notre boutique. J’ai vu exactement le même dans une boutique « éthique et solidaire » 15 euro plus cher que Princesse Indienne ! Pourtant je l’ai acheté à un fournisseur à Paris (non catalogué commerce solidaire) et appliqué une marge « classique » dans le métier. Cette boutique reverse donc 15 euro à des fonds de solidarités ??
…nous faisons fabriquer en Asie car c’est là que ce trouve notre matière première le coton…
J’hésite entre rire et pleurer quand je lit cela…
La mode éthique et solidaire, c’est du marketing et un business
Vendre un produit c’est convaincre un client avec des arguments de vente. Le commerce; en ligne ou pas; c’est acheter un produit pour le revendre plus cher. Cet argumentaire et discours sur la solidarité, le respect de l’homme ou un quelconque soutient financier humanitaire sert à convaincre une clientèle d’acheter.
La mode éthique c’est du marketing, ce n’est pas péjoratif ou une insulte mais c’est une réalité.
A un produit correspond une cible avec un pouvoir d’achat en adéquation et dont la finalité reste de gagner de l’argent, le but de toutes les entreprises privés. Ces boutiques en ligne dites « solidaires et engagées » ne sont pas des associations à but non lucratif.
Un cible avec un pouvoir d’achat élevé.
Comment une femme dont les milieux de mois sont difficiles peut être sensible au fait que cette jupe est plus chère parce que ceux qui l’ont confectionné sont rémunérés à leur juste valeur ?
Heureusement que des chinoises acceptent de travailler 1€ / jour sinon beaucoup de gens ne pourraient pas s’habiller. 6,25 millions de salariés en France vivent avec 750 € / mois (chiffres 2010).
Les vêtements éthiques sont onéreux, donc s’adressant une cible aisée.
Cette cible « csp +» est moins sensible à des différences de 15/30 euros pour un même produit alors qu’une clientèle « csp -» est à 2/3 euro près. Les marges sont donc plus confortables avec la mode éthique.
Un argumentaire basé sur un principe de culpabilisation, de dé-culpabilisation et d’auto-proclamation.
La mode est futile.
Depuis 1945, le prêt-à-porter propose deux nouvelles collections par an, est-ce vraiment utile ?
Quelle femme n’a pas dans son dressing une jupe, un top ou une robe indienne qu’elle n’a jamais porté ou bien une seule fois ?
Il s’agit pour le marketing de supprimer ces freins à l’achat.
Un exemple de dé-culpabilisation

Oublié la ligne et l’exédent de sucre !
Vous êtes fautif, vous travailleur qui prenez le métro sans penser à aider quelqu’un !
Un discours d’auto-proclamation
N’importe quelle entreprise peut choisir de s’auto-proclamer « respectable », « responsable », « engagé », « avec des valeurs », « éthique », l’argumentaire est libre.
Vous pouvez entendre à la radio :
- Intermarché dont le poisson est pêché de manière « responsable » (pourtant les quotas de pêche de la CEE ne sont pas connus pour leur laxisme)
- Auchan avec son « discount responsable » car avec moins d’emballage (pourquoi pas…).
- le sexshop Passage du désir qui affirme « vous trouverez tout au passage du désir pour le développement durable de votre couple » (c’est un hasard cette phrase ??)
Vous pouvez aussi lire pour une agence de communication éco-bio-équitable-respectable :
- Concevoir des documents éco-conçus, n’en produire que le nombre nécessaire pour limiter l’utilisation inutile de ressources (???).
- Ne changer le matériel de l’entreprise que lorsque cela est nécessaire (matériel non réparable ou performances insuffisantes pour un travail efficace) (Ha ?….)
Bientôt ils ne tireront la chasse d’eau des Wc uniquement le soir avant la fermeture.
Bref, tout le monde devient responsable, engagé, solidaire et citoyens mais il y a toujours des femmes qui se font agressées dans les transports sans que personne ne bouge !
Un discours général inquisiteur et discriminant mais sans preuves
En affirmant que l’on est « responsable » ou guidé par des « valeurs », dans l’inconscient public on sous-entend que les autres ne le sont pas.
…une mode moderne « mais » responsable…
…des vêtements originaux « et » engagés…
…du moment que « vous partagez nos valeurs » de solidarité et d’équité…
…etc.
Si l’on affirme pas être « responsable et engagé » on est quoi alors ? Des marchands d’esclaves ??
Qui fait travailler des enfants en Asie ? Quelles sont les boutiques en lignes qui n’ont aucune éthique ?
Pour peu que vous rouliez en 4X4 dans Paris, une Rolex au bras, vous êtes la risé de tout ceux qui discute engagement solidaire en mangeant du toufu dans un « sushi planet » du Marais (un quartier de Paris pour les non-parisiens).
Je ne juge pas l’engagement des boutiques solidaires ni de leur honnêteté mais je défend le principe que leurs produits ne sont pas plus « respectables » que les nôtres sur la base des argumentaires que j’ai pu lire.
Nous avons nous aussi des valeurs, j’ai simplement choisi de ne pas les transformer en arguments de vente ou discours marketing. Un engagement de solidarité coincé sur une page d’accueil entre un logo paypal et la date des prochaines soldes, ce n’est pas mon truc.
Je refuse d’être dans un discours schizophrène du type je gagne de l’argent mais d’une manière dite « respectable » ou « politiquement correcte ». L’argent se gagne honnêtement ou pas.
La notion de respect est un principe de vie, pas un drapeau ou une médaille à porter
Progresser chaque jour dans le respect des Hommes et de la Nature en réduisant notre impact écologique et en contribuant à des initiatives pour un monde plus beau et plus juste, voir ci-dessous :
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